En décrochant ensemble le titre Team en WRC2, le préparateur de Haute-Marne et la mythique marque italienne ont écrit ensemble un nouveau chapitre de leur propre histoire en rallye, déjà riche de succès passés côté français comme italien.
Retour gagnant. Trente-quatre ans après son dixième et dernier titre mondial dans la catégorie reine, Lancia n’a pas raté ses retrouvailles avec le Championnat du monde en décrochant, à l’issue du Rallye du Paraguay, le titre Team en WRC2.
« Lors d’un rallye extrêmement exigeant, des crevaisons nous ont empêchés d’obtenir le résultat que nous visions mais il n’en reste pas moins que c’est une grande fierté d’avoir décroché ce titre », se félicitait à l’arrivée du rallye Didier Clément, le directeur du team Lancia Corse HF.
Ce sacre dans l’antichambre du WRC n’a évidemment pas le prestige de ceux raflés dans les années 1970, 1980 et 1990 à l’époque glorieuse de l’équipe emmenée par le génie Cesare Fiorio.
Mais il vient tout de même couronner le retour de la marque italienne sur la scène du rallye et fera peut-être le trait d’union entre ce glorieux passé et un éventuel avenir radieux, si Lancia décide un jour de se relancer en catégorie reine.
Il vient aussi récompenser le pari du groupe Stellantis de faire renaître sur le marché automobile, depuis 2021, cette marque si chère aux passionnés de rallye. C’est avec l’Ypsilon Rally2 HF Integrale, basée sur le châssis du modèle de série sur lequel Lancia s’appuie dans cette reconquête commerciale, que les lauriers ont été décrochés.
En brillant sur les chemins poussiéreux et les rubans d’asphalte du Championnat du monde, la nouvelle petite « bomba » italienne a forcément fait ressurgir les souvenirs lointains mais magiques, dans le cœur des passionnés, des mythiques Stratos, 037 et Delta. La brutalité et la sonorité en moins, puisque c’est ainsi qu’a évolué le monde des rallyes.
Pilotées par Yohan Rossel et Nikolay Gryazin, les deux Ypsilon Rally2 HF ont été préparées dans les ateliers de PH Sport. Made in Langres. Puis bichonnées, sur chaque épreuve au programme, par les équipes de Bernard Piallat.
« C’est une grande satisfaction d’avoir rempli notre mission, de participer à faire revivre une marque mythique qui avait disparu et d’avoir contribué à ce retour de Lancia au sommet du WRC2 », apprécie ce dernier qui, comme tout amoureux de rallye de cette génération, garde un souvenir ému de la grande épopée de Lancia en rallye.
« À l’évocation de Lancia, deux événements me reviennent en mémoire, raconte Bernard. J’étais présent au Tour de Corse 1986 en tant que spectateur, je ne travaillais pas encore en sport automobile à l’époque mais j’avais 18 ou 19 ans et le rallye me faisait rêver. La 205 Evo 2 et la Delta S4 étaient vraiment des monstres, j’étais époustouflé de les voir passer. J’étais dans la spéciale où Toivonen s’est tué. Il n’y avait pas de portable à l’époque donc on n’a pas su tout de suite pourquoi la spéciale était arrêtée.
En repartant, à l’arrivée de la spéciale, on est passé à côté des camions d’assistance Lancia et on avait bien remarqué qu’ils avaient des airs traumatisés mais ce n’est que deux ou trois heures plus tard qu’on a appris la tragique nouvelle.
Mon autre souvenir lié à Lancia, c’est le Monte-Carlo 1993. Sainz était sorti de la route avec la Delta aux couleurs de Repsol et Daniel Fores, qui était notre client, était sorti au même endroit et sa R5 GT Turbo avait fini sur la Lancia de Carlos ! Comme ils avaient plus de moyens que nous, nous avions profité de leur grue pour sortir notre voiture du trou ! »
Trente-trois ans plus tard, ce n’est pas par accident que la route de PH Sport a recroisé celle de Lancia. Au moment de choisir l’équipe qui porterait ce programme sportif du renouveau, ou plutôt de la renaissance puisqu’on parle d’une marque italienne, les dirigeants de Stellantis Motorsport, et notamment Didier Clément le patron du team italien, se sont presque naturellement tournés vers la structure de Langres, avec qui le groupe automobile, né de la fusion entre PSA et Fiat, entretient des liens étroits depuis 2001 et le titre mondial Junior glané par Sébastien Loeb au volant d’une Saxo Kit-Car sortie des ateliers de PH Sport.
C’est en effet sur les bases de ce premier triomphe international de l’Alsacien, qui avait déjà brillé dans les formules de promotion au volant de voitures préparées par les équipes de Piallat, que la marque aux chevrons a emmené dans son sillage la petite structure de Haute-Marne.
En s’inspirant de ce qui se faisait de mieux en WRC, PH Sport a appris la rigueur, s’est structurée et s’est professionnalisée au fil des ans et des succès. Tout en conservant son esprit de famille. Ainsi, lorsqu’on demande aujourd’hui à « Danos » Elena ce qu’il retient de sa période PH, il répond par trois mots : « Souvenirs, ambiance, performance ».
Ce titre avec Lancia, une marque cousine de Citroën dans la grande famille Stellantis, est un joli clin d’œil à ce mariage heureux et si souvent victorieux sur la scène européenne comme mondiale.
Cette association avec Citroën, qui comme PH Sport avait la gagne comme moteur, a même amené Piallat et ses troupes sur la plus haute marche d’un rallye de Championnat du monde à deux reprises. Au Portugal en 2010, avec la victoire de Sébastien Ogier au volant d’une DS3 exploitée par les troupes de Langres. Puis le jour de la victoire de Kris Meeke au Rallye de Finlande 2016.
La première fois, le patron n’était pas là : le programme était directement géré par Citroën et Bernard, comme il en a l’habitude, s’était concentré sur ses clients amateurs engagés à l’Antibes ce week-end-là.
Six ans plus tard, pour la victoire à Jyväskylä, le temple du rallye, Bernard vit en revanche l’un des moments les plus forts de l’histoire de son entreprise, à qui Citroën a entièrement légué l’engagement des DS3 WRC pour se concentrer sur le développement de la C3 WRC.
« Ce sont des instants d’une intensité incroyable, se souvient-il. Me retrouver sur ce podium, avec mes gars dans la foule et mon fils qui me regardait… Sur le moment, je me demandais ce que je faisais là, je ne réalisais pas du tout. Puis il y eut La Marseillaise. Pour nous. Pour PH Sport, petite entreprise née dans un garage de Chalindrey sans trop d’idées derrière la tête. Sur le moment, cela me paraissait irréel. »
Au Paraguay, titre de second rang oblige, Lancia n’a pas eu droit au Fratelli d’Italia. Mais, en l’absence de Didier Clément et de Bernard Piallat, à bord de l’avion retour et déjà tournés vers le Chili, c’est une jeune femme tout sourire qui, entourée des deux équipages et d’une douzaine de gars venus de Haute-Marne, a reçu la plaque honorant ce titre Team WRC2.
Elle s’appelle Enola Piallat, fille de qui vous savez et coordinatrice de l’équipe Lancia Corse HF. Comme si la gagne était dans les gènes.
Source : Gazette GT2i n°19 – Septembre 2026
