Quand on a vu pour la première fois Julien Saunier inscrire sa Clio Groupe A dans un dérapage de haut vol, parfaitement contrôlé, identique aux arabesques mécaniques du légendaire Jeannot Ragnotti, on est subjugué. Le Lyonais est devenu au fil de sa déjà longue carrière le chouchou des passionnés de rallye et désormais ambassadeur de la firme au losange. Il a repris avec maîtrise et gourmandise le rôle que le pilote de Carpentras avait auprès du public. Mais à 43 ans, Julien Saunier n’est pas qu’un artiste doué dans l’art de la glisse. Il s’est forgé un palmarès sérieux, acquis à la force du poignet – et dans ce cas, ce n’est pas qu’une image ! « Déjà tout petit j’étais passionné de rallye. Faut dire que dans la famille j’avais des exemples avec mon oncle et mon cousin. Gamin, je regardais avec passion les vidéos de Jean Ragnotti. A 18 ans j’avais déjà usé quelques vélos et des vélomoteurs menés tambour battant mais quand je parlais de rallyes, ma mère n’était pas très enthousiaste. »
360 DEGRÉS AVEC LA R 21 TURBO À GOODWOOD
Pourtant, quand on mesure le chemin parcouru, on se rend compte que le bouillant Saunier des débuts est devenu une référence et pas seulement pour aller exécuter des 360 degrés à Goodwood avec une R 21 Turbo production! «J’ai participé à l’opération Rallye Jeunes, en 2003. J’ai gagné. Courir dans ces conditions était inespéré. Une expérience comme on n’en imagine pas, à 18 ans quand on bricole dans son garage ! » Mais la suite ne fut pas du même tonneau et l’année suivante, c’est le début des galères. La vitesse de pointe n’est pas en question mais livré à luimême, le Lyonnais est loin de performer. Il a acheté une auto accidentée, un moteur à la casse, gère le tout sans préparateur et fini par perdre pied… Mais le Lyonnais a cette qualité d’oublier les malheurs pour ne garder que le bon. De cette période on retiendra que pour sa 1ère course il signa la 10e place face à 60 concurrents, qu’il fit jeu égal avec Ogier au Touquet (206 A6K) qu’il devança Bonato en Coupe Suzuki lors de la première manche.
JEU ÉGAL AVEC OGIER OU BONATO
Et puis, c’est connu, les échecs sont aussi formateurs et Julien, plutôt optimiste de nature, rebondira assez vite avec la fameuse Clio Groupe A, laquelle forgera sa légende avec des victoires scratch au Rallye de Lozère (2014), au Haut Lignon. « J’ai souvent accroché une place dans le top ten car je suis compétitif avec 2 passages en reco. Ma force est aussi de partager le tout avec la famille, ma mère, ma copine, mes mécanos, mon parrain ou mon copilote, Fred Vauclare. Lui est à mes côtés depuis ma 2e saison. Des liens très forts nous unissent. C’est d’ailleurs avec la Clio RC5 de son fils que nous avons gagné le groupe au Monte Carlo…et en 2021 j’ai gagné l’Alpine Trophée. C’est mon seul titre ».
DÉBUTS DE LA R5 MAXI AU TOUR DE CORSE 2025
La rencontre avec Jean Ragnotti fut un tournant dans sa carrière. « Comme lui, je pilote en communion avec le public. Nous nous sommes rencontrés en 2012 au rallye de la Fourme où nous avons assuré le spectacle, lui en 00, moi en 0. Mais c’est à Montlhéry que la passation du flambeau a eu lieu. Il devait assurer la démo mais finalement il m’a passé le volant. Mon aventure avec Renault était définitivement scellée ». Désormais ambassadeur Renault Sport, Julien a touché à de mythiques Renault (Formule1, A 442, Clio kit Car, Mégane maxi…) et participe à de grands événements mais celui qui lui tient le plus à cœur c’est celui qu’il va vivre début octobre. « Depuis 2 ans nous avons monté une structure avec mon petit frère Quentin et nous avons préparé 2 Porsche dont une 3 litres RS avec laquelle j’ai gagné le Tour de Corse 2024. De cette époque est né l’idée de rouler en 2025 avec une R5 Maxi, 40 ans après la victoire de Jeannot. Ce sera le cas. Nous avons acheté un exemplaire que mon frère a reconditionné et fiabilisé, actuellement en essais. Renault est enthousiasmé et elle sera aux couleurs de la Turbo 3E électrique. »
Alain Lauret
